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X/Z - portrait d'Elon Musk en Zorglub.
Posted in Autour des images, Non classé 3 min read
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Une enquête exclusive menée avec STUV ! Repris du fil X (ex-Twitter), 17/8/2023.

C’est chaque année la même chose : on aura chargé sa valise de lourds volumes (philosophie, sciences humaines, épopées romanesques en douze époques), et vient ce moment où l’été nous surprend cachés entre les piles de livres à relire des albums aux reliures effeuillées et polies par le temps : par exemple celui-ci, Les Aventures de Spirou et Fantasio nᵒ15, paru en 1961, sommet de l’oeuvre de Franquin, assisté pour l’occasion par Greg et Jidéhem. Franquin, on le sait, n’aimait guère les autorités – mais peut-être est-ce ce qui lui permit, à soixante ans de distance, de déployer avec une extraordinaire prescience le portrait de l’un de nos nouveaux maîtres. Marx soutenait que l’histoire advient une première fois comme drame, et une deuxième comme comédie : il se pourrait que, de Zorglub à Elon Musk, l’effet de répétition soit tel qu’on ne sache guère quand rire et quand pleurer. Démonstration, en dix étapes.

1ᵒ Commençons par le plus évident : Zorglub, dont la compétence d’ingénieur semble par ailleurs indiscutable, porte des costumes bleus cintrés trop petits pour faire ressortir son poitrail avantageux tout en faisant montre d’une mégalomanie affligeante (et tournée vers l’espace, nous y reviendrons).

2ᵒ Zorglub met par ailleurs un soin jaloux à apposer sa marque sur tous types de supports, usant de la lettre Z comme d’une forme de branding global : appareils, langue, bases, uniformes, tout doit être Z-.

3ᵒ Dès les premières pages de l’album, Zorglub se manifeste par deux talents complémentaires : d’un côté, inventer une voiture sans chauffeur, de l’autre prendre en otage les utilisateurs.

4ᵒ Zorglub a une fâcheuse tendance à s’emparer des moyens modernes de communication afin de susciter de manière virale des réactions haineuses. Ici, cela passe par la radio (oui, nous sommes en 1961, hein).

5ᵒ Passons aux ambitions spatiales de Zorglub : celui-ci entreprend tout d’abord de construire une fusée dotée de la capacité non seulement de décoller, mais également d’atterrir.

6ᵒ Son ambition est toutefois d’une autre ampleur : se servir de ses lanceurs pour mettre en orbite des centaines de machins…

7ᵒ …machins dont la finalité ultime est de permettre l’utilisation du ciel nocturne comme support publicitaire (ça ne vous rappelle rien ? ci-dessous, un indice).

8ᵒ N’insistons pas sur le lavage de cerveau que subissent les zélateurs du grand homme et leur propension à entonner à tout propos un hymne à sa gloire.

9ᵒ Contentons-nous de noter que les entreprises de Zorglub ont une fâcheuse tendance à partir en vrille…

10ᵒ …Et que sous le génie entrepreneurial, l’empire technologique de Zorglub s’avère en définitive entièrement organisé autour, à la fois, de l’appropriation d’inventions développées par d’autres et de l’emprunt discret de données à une échelle planétaire.

Concluons. A l’instar de Jean Renoir, Franquin s’attachait généralement à sauver tous ses personnages (à l’exception sans doute de l’infâme Zantafio). Il est remarquable que, dans son effort pour rendre Zorglub sympathique, il ait dû en passer par un retour à l’enfance (c’est dans Panade à Champignac – Les Aventures de Spirou et Fantasio n°19, 1969 ; album que l’auteur de Gaston Lagaffe affirmait curieusement préférer entre tous). C’était sans doute une façon de rappeler que, dépouillée de ses rêves de grandeur et de son apparat technologique, d’un point de vue psychique la puérilité est et demeure l’horizon de la toute-puissance.

La leçon vaut, aujourd’hui, d’être entendue.


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